Qu'y a-t-il de si fascinant dans les images fractales ?

D'où vient l'indéniable succès populaire des images fractales?

Historiquement parlant, les images fractales demandent une place dans l'art contemporain, à un moment où cet art est rejeté - ignoré, tout au moins - par une majorité du public qui n'a pas reçu l'éducation nécessaire, l'endoctrinement, diront certains, pour apprécier cet art. Or, le spectateur ordinaire, qui rejette volontiers les oeuvres contemporaines, apprécie spontanément les images fractales, sans qu'on ait à lui parler d'art non-euclidien ou de la mystique de l'autosimilarité. Il faut donc chercher des explications plus terre à terre. C'est beau, soit. Mais encore? Mais pourquoi?

Définir, caractériser ce qui est beau, joli, élégant, est au-dessus de mes capacités. On objecte parfois que ça doit varier avec les cultures, que le "beau" d'ici ne reste pas forcément "beau" là-bas. C'est vrai en musique: les musiques orientales ont eu du mal à pénétrer en Occident. Mais il s'agit d'un domaine très codifié. Le domaine graphique est beaucoup plus spontané. Que je sache, les dessins persans, chinois ou japonais ont toujours été appréciés en Occident.

Sur un plan empirique, on peut essayer de décrire ce qui paraît attachant dans les images fractales. Je crois que les couleurs sont assez secondaires. Bien sûr, surtout dans les Mandelbrot, on utilise volontiers des couleurs vives et chatoyantes, avec une gamme assez large dans laquelle on se déplace continûment, sans contraste discordant. Toutefois la suppression de ces couleurs laisserait un dessin nu tout aussi attachant. Cliquez ici pour revoir l'une de mes images Mandelbrot, en couleurs, puis cliquez là pour revoir la même image en noir et blanc. Eloquent, non? La structure de l'image reste en place. Les courbes ont gardé ce dessin à la fois régulier et imprévisible (n'est-ce pas un critère d'élégance?) et leur richesse de texture, avec ces détails qu'on voit et ceux qu'on devine. L'image reste fascinante à cause de cette richesse de détails, toujours les mêmes bien sûr, mais toujours renouvelés, dans lesquels on s'attarde. La couleur est en prime.

chou-fleur Daniel Boiteau, dont on verra une image plus loin, m'a soumis une remarque intéressante. Un chou-fleur bien pommé présente une indéniable structure fractale, avec une auto-similarité très nette. Pourtant, à notre connaissance, on s'est très rarement abîmé en méditations insondables à la vue de ce modeste légume. Tout simplement, un chou-fleur est trop commun et on ne prête guère de noblesse à ses formes. C'est dire que l'auto-similarité n'est pas suffisante en soi pour déclencher le "vertige fractal" et que l'attrait des lignes est primordial à la fascination. Après tout, si on admet avec Barnsley que tout est fractal (Fractals Everywhere), comme on ne peut pas trouver de la beauté partout, il y aura beaucoup de fractales sans intérêt.

 

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